ArgentComment l'Etat utilise l'argent qui « dort » sur votre Livret A ?

Epargne : Comment l'Etat utilise l'argent qui « dort » sur votre Livret A ?

ArgentL’argent qui « repose » dans les Livrets A français est, en réalité, hyperactif. Au point que le gouvernement envisage de se servir du procédé pour le financement de ses EPR
Contrairement à ce que vous pensez, non, votre argent ne repose pas dans cette tirelire
Contrairement à ce que vous pensez, non, votre argent ne repose pas dans cette tirelire - Pixabay / Pixabay
Jean-Loup Delmas

Jean-Loup Delmas

L'essentiel

  • Vous ne le savez peut-être pas, mais l’argent sur votre Livret A a une vie très active, servant à l’Etat pour de nombreux placements et financements.
  • Rassurez-vous, ces placements sont bien précis et strictement encadrés.
  • La méthode est si efficace que le gouvernement songerait à l’utiliser pour le financement des centrales nucléaires.

Si vous pensez que les euros déposés sur votre Livret A dorment tranquillement toute l’année dans un coffre-fort, vous vous trompez lourdement. A la manière des jouets dans Toy Story, votre argent « épargné » a, en réalité, une vie parallèle et plutôt active dès que vous avez le dos tourné. Il faut dire qu'avec au total près de 375 milliards d'euros, le compte épargne le plus utilisé par les Français représente une véritable manne financière que l'Etat compte bien utiliser.

Sur 100 euros que vous placez sur votre livret A, 59,5 euros sont utilisés par la Caisse des dépots et consignations (CDC), un établissement public missionné pour gérer l'épargne. Dans le détail, 35 % du montant total des Livrets A sert aux logements sociaux, soit environ 130 milliards d’euros, 17,41 % financent les obligations de l’Etat (65 milliards) et 5 % sont dédiés aux prêts pour les petites et moyennes entreprises.

Financer le logement social et les obligations de l'Etat

Ne pas laisser cet argent dormir répond avant tout à un besoin: celui de financer des secteurs peu rentables dans lesquelles les banques se montreraient sceptiques, comme les logements sociaux. « Cela permet d’éviter de faire des prêts sur les marchés, plus fluctuants et risqués », atteste Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle des épargnants. Ce financement du logement social se fait sous forme de prêt à très long terme, entre 25 et 60 ans. « Les bailleurs sociaux finissent toujours par rembourser », rassure l'économiste Et même si cela n’était pas le cas, vos précieux euros disposent du meilleur des garants : l’Etat.

Les 65 milliards aux obligations de l’Etat constituent une sorte de garde-fou. « Il s’agit d’argent qui peut être récupéré extrêmement vite, contrairement aux prêts à long terme pour le logement social », développe Maxime Chipoy, président de MoneyVox, un guide internet d’explication et de comparatif sur la finance personnelle. Cela « offre donc la possibilité aux Français de pouvoir retirer en partie leur argent du livret A, et même une grosse partie », appuie Philippe Crével. Evidemment, si tous les Français décidaient en même temps de retirer tout leur argent, « cela serait impossible, mais dans un tel scénario banqueroute, ce serait loin d’être le seul problème », sourit l’économiste.



Les 39,5 euros restés à la banque ne se reposent pas non plus. Depuis le 14 juin 2020, les banques doivent placer 80 % des encours détenus du livret A et du livret de développement durable et solidaire dans des prêts pour les PME. 10 % des dépôts doivent financer des projets écologiques, sans grande précision. Enfin, 5 % des sommes des banques finance les entreprises de l’économie sociale et solidaire. Ce qui reste - soit 5% - est utilisé au bon vouloir de la banque.

Les centrales nucléaires, nouvelles bénéficiaires de la CDC ?

La méthode semble donc éprouvée. Tant et si bien qu’une réflexion du gouvernement est en cours pour transposer le dispositif aux centrales nucléaires, selon les Echos. Le financement des six prochains EPR, ces générateurs derniers cris, se chiffre à environ 50 milliards d’euros sur toute la durée du programme, soit vraisemblablement jusqu’en 2050. « Ce prêt par la CDC est envisagé car c’est la seule manière d’obtenir un prêt d’aussi longue durée de 40 ou 60 ans, qui colle bien à ce projet, rentable qu’à très long terme, explique Maxime Chipoy. Si une banque se risquait à faire ça pour un domaine aussi peu rentable que les centrales nucléaires, elle proposerait sûrement un taux encore bien plus élevé que la CDC. D’où l’intérêt de passer par ce financement. »

Reste que pour l'heure, de nombreuses questions subsistent: sur quelle tranche de la CDC serait prélevé ce montant et surtout de combien serait-il.