Noël 2023 : Cinq phrases à dégainer pour éviter de s’entretuer sur la politique autour de la dinde
argumentaire•On a demandé à un spécialiste de la communication les meilleures techniques pour éviter l’affrontement familial sur les débats politiques en plein réveillonThibaut Le Gal
L'essentiel
- Les repas de Noël sont souvent l’occasion de débattre de politique.
- Après une année mouvementée, les risques d’envoyer voler la dinde aux marrons sont bien trop importants.
- C’est pourquoi on a décidé de vous aider avec quelques techniques de débat pour apaiser les tensions. Avec l’aide de Philippe Moreau-Chevrolet, spécialiste en communication politique.
Au moment d’offrir les cadeaux, tout le monde tire la tronche : Tonton Gégé s’est encore amusé à lancer un sujet politique en plein milieu du repas, faisant grimper la température de quelques degrés. Si cette situation vous rappelle de mauvais souvenirs de réveillon, 20 Minutes a (peut-être) la solution.
Pour éviter les embrouilles sur la réforme des retraites ou l’immigration à Noël, on vous offre ces cinq phrases bien utiles à dégainer à table pour abaisser les tensions. Avec les explications de Philippe Moreau-Chevrolet, spécialiste en communication politique.
1. « Je comprends ton point de vue… »
Première technique à utiliser, la diplomatie. Si dès l’apéro, tonton Gégé évoque le conflit israélo-palestinien, et que sa justification des bombardements sur des civils vous met hors d’état, mieux vaut quand même faire un pas vers lui. « Il vaut mieux reconnaître d’emblée qu’on comprend l’émotion de l’autre, qu’on l’accueille, avoir de l’empathie », prévient Philippe Moreau-Chevrolet. « ''Je comprends ta réaction, que tu aies été très choqué par les attaques du 7 octobre en Israël, mais pour ma part…'' Cela apaise en amont les tensions, et vous pourrez ensuite dérouler vos arguments plus facilement ».
2. « On sera d’accord tous les deux sur… »
Autre tactique à tester, trouver des points communs avec votre interlocuteur. « C’est une technique utilisée par Emmanuel Macron, notamment lors d’un débat face à François Ruffin en 2017. Dès le départ, il rappelle qu’ils ont fait le même lycée jésuite à Amiens. Ça n’a aucun intérêt, mais ça permet de créer du commun », assure le professeur de communication politique à Sciences-Po et président de MCBG Conseil.
« Cela peut être par exemple ''on sera d’accord sur le fait que la guerre n’est pas la bonne solution''. Ou, sur l’immigration : ''on peut convenir que la façon dont on la gère n’est pas la bonne puisqu’on a le même débat depuis trente ans''. Et ensuite, chacun donne son avis », poursuit Philippe Moreau-Chevrolet. Revenir à des points communs régulièrement au cours de l’échange permettra ainsi d’éviter une bataille d’huîtres.
3. « Toi, tu proposes quoi ? »
Au cours de l’échange, cette petite phrase peut aussi vous éviter quelques montées de colère. « Il faut obliger l’autre à se mettre à votre place. ''c’est quoi TOI ta solution ?''. L’idée est de renvoyer la balle, obliger l’autre à proposer des choses concrètes. ''Tu ferais quoi toi, contre l’insécurité ? Quelle serait ta réponse face aux violences contre les femmes ? », énumère le spécialiste. L’objectif : dérouter son contradicteur pour montrer qu’il n’y a pas de réponse miracle, et qu’il est bien plus souvent facile de s’opposer que de proposer. « Ça permet à l’autre d’intégrer les contraintes, c’est un peu de la manipulation, mais ça ouvre le dialogue. C’est une technique très utilisée par les macronistes face aux oppositions », ajoute-t-il.
4. « T’as vu ça où ? »
Celle-là n’est pas la plus aisée à mettre en place, mais elle peut vous servir si le tonton antivax commence à pourrir le repas. « Il faut essayer de comprendre le point de vue de l’autre, même si c’est une connerie. '' Toi, tes infos, tu les prends où ?'', cela évite la réponse épidermique qui ne mène à rien », avance Philippe Moreau-Chevrolet.
Rappeler à votre voisin que papy et mamie ne seraient peut-être pas présents ce soir sans la politique de vaccination du gouvernement n’est donc pas bien utile. « Mieux vaut comprendre pourquoi il pense que le vaccin est dangereux. Souvent, les gens récitent des trucs qu’ils ont lus sur Facebook. A partir de là, on peut discuter : ''mais tu es certain de ta source d’information ?'' Ça ouvre au moins une porte ».
5. « Est-ce que tu reprends un peu de dinde ? »
Avant tout débat, il est important de fixer ses limites en amont. « Il ne faut pas accepter un débat qui mène à une engueulade ou peut pourrir la soirée de Noël. Et à partir d’un certain moment, il faut savoir l’arrêter, tolérer les désaccords, car on ne peut pas se convaincre sur tout : ''écoute, on sera pas d’accord sur Eric Zemmour, donc arrêtons-nous là'' », dit Philippe Moreau-Chevrolet. Les statistiques sont d’ailleurs formelles : aucun tonton Gégé n’a été convaincu au beau milieu d’un repas.
Bonus : « As-tu lu ce rapport ? »
C’est LA phrase à ne surtout pas sortir. Sauf si vous souhaitez faire sortir de ses gonds votre fameux tonton. « Renvoyer à des données précises, ça ne fonctionne jamais. On n’est pas en débat universitaire, vous allez passer pour quelqu’un de méprisant, ça va crisper votre interlocuteur, c’est la fausse bonne idée », prévient le spécialiste.
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